La ville est-elle morte?

17/01/22 | Actualité de l'aménagement

A écouter nos décideurs, chacun y va de sa volonté de faire la ville autrement, plus ceci, moins cela, vertueuse et frugale cela va de soi, mais pourquoi pas d’abord plus joyeuse ? Selon l’architecte Matthieu Poitevin, les friches, désormais appelées « tiers lieux », sont sans doute les tremplins de cette ville « de demain ».


Il n’y a plus de désir d’architecture. Les élus ne veulent plus construire ou le moins possible : l’heure n’est pas à la prise de risque et à l’audace. Imaginerait-on un autre Centre Pompidou aujourd’hui, au cœur d’un tissu historique ? Les édiles férus de patrimoine auraient tôt fait d’être outrés. Autres temps autres mœurs. Désormais, il faut être frugal et vertueux plutôt qu’onirique ou expérimental, et laisser les banques et les assurances, avec leurs filiales de promotion, se répartir le gâteau.

La dimension culturelle de l’architecture n’est plus reconnue en France. Hormis quelques merveilleuses exceptions portées avec douceur par des inventeurs jeunes ou plus vieux, Lacaton & Vassal, Sophie Delhay, Basalt où les prometteurs ACTM, ceux qui cherchent encore à faire valoir une interprétation singulière d’une situation donnée sont des fous, les chevaliers d’une cause perdue.

Quel projet peut prétendre aujourd’hui offrir des solutions inattendues ?

Accepte-t-on encore la surprise ou l’accident comme source de vie ?

Doit-on accepter de répondre à une fiche de lots préalablement établie ou peut-on encore penser que la ville peut être un terrain d’expérience (sociale) ?

Doit-on accepter la résidentialisation des lots qui n’aboutit qu’à des espaces résiduels inertes (un terme aussi barbare peut-il seulement générer des espaces de qualité ?) ou peut-on imaginer d’autres façons d’occuper l’espace foncier ?

Chaque époque à sa règle. On a eu la faille chromatique, puis le badigeon d’herbe verticale, nous voici dans l’ère de la trame. L’objectif étant, ainsi muni, de faire passer la banalité pour un étendard de qualité. La ville est désormais le royaume des peines à jouir… Les architectes sont à l’érotisme ce que Maurice Carême est à la poésie. Il ne s’agit plus de construire des tours de Babel, mais des tourettes de Babybel.

Quel rôle pour l’architecte sinon celui d’inventeur ? Contrairement à l’idée répandue selon laquelle les villes se seraient érigées autour des palais des puissants, la ville humaniste a bel et bien existé. Les Aztèques ont créé Teotihuacan, ville où toutes les maisons sont traitées comme des palais. Modèle d’urbanisme égalitaire, chaque ville Aztèque, unique et singulière, était le terreau d’expériences culturelles et sociales.

À écouter nos décideurs, chacun y va de sa volonté de faire la ville autrement, plus ceci, moins cela, vertueuse et frugale ça va de soi, mais pourquoi pas d’abord plus joyeuse ? Et si les enjeux étaient l’audace, la gaieté et la surprise ? Sans doute qu’en fouillant dans les entrailles de la ville informelle, celle qui a su résister à la démolition, à la programmation et à la charte d’Athènes, on dénicherait des pépites de plaisir. Les friches, désormais appelées tiers lieux, sont sans doute les tremplins de cette ville de demain. Elles ne peuvent exister seules et ont besoin de soutien public, privé et citoyen. Elles peuvent être chacune le terreau d’expériences sociales, culturelles et économiques singulières qui peuvent respecter l’identité et la singularité de leurs territoires respectifs.

Elles échappent au plan d’urbanisme qui, à grands coups de tracés régulateurs sur des plans au 2000/1, codifiera tout jusqu’à ne laisser à l’architecte que le choix de la couleur de la menuiserie… Le pire étant assurément que celui-ci, passé maître dans l’art de la génuflexion, s’en contentera. N’importe quel plan d’urbanisme, de Lille à Lyon en passant par Marseille, favorisant l’îlot au détriment de la rue, est porteur de cet élan castrateur au profit de la standardisation.

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Eric RAIMONDEAU

Eric RAIMONDEAU

Gérant de l'agence UTOPIES URBAINES

En qualité de micro entrepreneur, j’ai créé l’agence Utopies Urbaines. En effet J’aime à partager mon expertise et la transmettre au travers des expériences que j’ai pu acquérir en direction des élus locaux mais aussi  des fonctionnaires des communes ou intercommunalités lors de sessions de la formation continue ou initiale. Ce site veut aussi être un relais pour des offres d’emploi proposées par les collectivités territoriales.

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