Vivant en ville, nouvelles émergences, Quels développements concrets?

Le vivant en ville passe par la protection de l’arbre tant en milieu urbain, pour lutter contre les îlots de chaleur, qu’en secteur rural pour préserver la couverture végétale des forêts menacées par le réchauffement climatique. Bernard LENSEL, l’auteur de cet article, Président d’Urbanistes des Territoires et Maire de Le Poizat-Lalleyriat (F 01130) nous fait un retour sur son expérience personnelle sur ces sujets.

L’ouvrage « Vivant en ville, nouvelles émergences » a été coordonné par le Grand Lyon et Vetagro Sup, avec la participation de plusieurs universités (Les Universités de Genève, Fribourg et Lausanne, pour la Confédération suisse, celle de Montréal, pour le Québec, Santa Catarina à Florianópolis, pour le Brésil, l’Ecole Polytechnique de Milan, pour l’Italie, l’Université Alexandru Ioan Cuza, IaşI, pour la Roumanie.

La publication de cet ouvrage a eu lieu fin 2016, sous l’égide de Millénaire 3, organisme de mise en valeur des recherches thématiques liées à la Métropole de Lyon.

Il se compose de 4 parties distinctes et complémentaires, développées autour de la thématique du vivant en milieu urbain :

– L’articulation entre gouvernance et vivant en ville
– Les réponses envisagées face aux enjeux de l’intensité urbaine
– La place et l’enjeu de l’agriculture urbaine
– La question de l’animalité et du bien-être en ville

La démarche s’échelonne du général au particulier et s’appuie de manière homogène sur les trois volets du développement durable.

L’évolution pratique du concept

Il a paru intéressant de faire un point sur la mise en pratique des volets de l’ouvrage, 5 ans après, à l’occasion de l’Université d’été des urbanistes 2021, qui s’est tenue à Toulon, sur

Nous avons revisité la politique de l’arbre en ville, qui devient une nécessité trop souvent oubliée, même par certains aménageurs en centre-ville, ainsi que dans les quartiers de commerce et d’industrie.

Grâce au travail mené avec l’association Urbanistes du Monde, présidée par Philippe Béros, nous avons pu prendre des exemples dans d’autres continents, dont l’Amérique du Sud ; ainsi, en comparant les quartiers de villes au Chili, nous pouvons analyser la place de l’arbre en milieu urbain.

Photos et croquis @Bernard Lensel

Un quartier ancien de Santiago de Chile, capitale du pays et la place centrale de la ville de Punta Arenas, dans le Sud de la Patagonie chilienne offrent deux approches différentes de l’expression de la nature en ville.

La place de l’arbre en ville est déclinée différemment dans deux cas, avec pour le cas de Santiago plutôt un effet de décor et pour celui de Punta Arenas, un rôle structurant pour la ville, qui est construite en « cuadras » selon le principe des villes de fondation ibérique, avec une place d’armes en partie centrale en lieu et place de l’un des îlots bâtis.

La généralisation de la trame verte et bleue

Les villes françaises ont vu le développement du principe structurant de la trame verte et bleue, développement logique de la simple trame verte issue des années 1980-1990.

Le concept du couplage du vert et du bleu est plus récent et son élaboration est surtout française à la base : plusieurs agglomérations l’ont testé dans leurs plans de composition urbaine, dont le Grand Lyon, avec une application systématique sur le centre de l’agglomération : la complémentarité du traitement des Berges du Rhône, des Rives de Saône avec les espaces de plantations d’alignement prend alors tout son rôle et structure la ville dans un esprit d’Intensité urbaine

Il s’agit là d’une gestion intelligente et raisonnée de la densité, avec un appui actif sur la desserte des quartiers en termes de mobilité multimodale et de multipolarité plurifonctionnelle.

Document @Bernard Lensel

Non seulement, les villes y retrouvent un traitement de qualité et d’embellissement, mais encore elles y gagnent sur le plan de leur fluidité de fonctionnement.

Ce concept est très facile à exporter dans d’autres pays de plusieurs continents, dont l’Europe.

Un moyen incontournable et non brimant de lutte contre les îlots de chaleur

Alors que beaucoup de mesures dites écologiques créent de fortes contraintes économiques et surtout sociales, une politique de l’arbre et l’eau dans la ville, généralisée à tout un territoire, apporte une série de mesures « gagnant-gagnant » et permet des résultats efficaces à relativement court terme sur le climat.

Photos et croquis Bernard Lensel

Les Berges du Rhône et la rue Garibaldi dans sa partie médiane ont pu être réalisées à Lyon en quelques années, avec un impact urbain rapide et une situation d’amélioration dans le temps évidente avec la pousse de la végétation. Il reste juste aux ingénieurs de la voirie et de l’assainissement à adapter leur conception à cette nouvelle donne.

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Certaines réalisations analogues ont vu le jour dans d’autres villes métropoles en France, comme Bordeaux ou Nantes.

En revanche, d’autres quartiers, liés à la trame Morand pour le cas de Lyon (entre le Parc de la Tête d’Or et la Buire), sont totalement ignorés pour l’instant et un gros travail reste à faire sur ces espaces publics, sans compter le chantier décidément très long, voire perpétuel de la Part-Dieu, autour de la gare.

Photos @Bernard Lensel

Ainsi, les efforts remarquables faits sur certains sites se voient compromis par un réel laisser aller sur d’autres territoires urbains, pour l’instant.

L’agriculture urbaine relance le Vivant en ville

Les fermes urbaines se développent en France, tant au Nord qu’au Sud, avec notamment les exemples de Rambouillet et de Saint Jean de Vedas.

Croquis @Bernard Lensel

La valorisation des activités de ces fermes pédagogiques se fait vis-à-vis des quartiers qui les accueillent et la participation de la population, dont les plus jeunes, ancre ces établissements dans le tissu urbain environnant.

Une expérience plus poussée a été réalisée en Amérique du Sud, dans la ville argentine de Rosario, à 300 km au Nord-Ouest de Buenos Aires : 3 types d’établissements ont été créés sur le territoire de la commune par la municipalité, des parcs jardins, des jardins communautaires et des coopératives de production. Le but de ces établissements est d’intégrer la population dans un processus d’intégration sociale et économique en parachevant ainsi l’équilibre prôné par le développement durable.


Une initiative des citoyens en montagne contre le réchauffement climatique

La commune de Le Poizat-Lalleyriat, dans l’Est du département de l’Ain, a son altitude qui va de 495 mètres au point le plus bas (lac de Sylans) à 1241 mètres au point culminant (crêt de Beauregard) ; elle regroupe 730 habitants, sur une superficie de 33 km2.

Croquis @Bernard Lensel

Plus de la moitié de cette superficie, soit 18 km2, est occupée par la forêt ; comme dans beaucoup de lieux, cette forêt est sujette à des dessèchements, avec des essences particulièrement atteintes, notamment les sapins et les épicéas.

Une action, lancée par la municipalité et appuyée par nombre de citoyens, a permis de replanter sur le lieudit du Peney, un millier d’arbres, d’essences plus résistantes : des douglas, des mélèzes et des érables, notamment.

Les enfants de l’école ont participé à cette action en plantant en complément une soixantaine d’arbres supplémentaires et des replantations plus importantes sont programmées prochainement. Ceci fait plus d’un arbre planté par habitant.

Il est clair que si tous les êtres humains plantaient ainsi chacun plus d’un arbre chacun sur la planète, la crise climatique serait nettement amoindrie, voire totalement annihilée : cette situation a été très bien décrite par Nathan MANN, dans son article « Les arbres, une arme contre le réchauffement climatique » , paru dans le Monde du 5 juillet 2019.

Le Vivant en ville offre des pistes d’actions très intéressantes, mais il mérite d’être encore très nettement encouragé, et le milieu rural et montagnard peut donner des exemples, même si c’est plus facile, rapide et efficace, d’agir dans ce contexte naturel qu’en milieu urbain.

Article rédigé par @Bernard Lensel en décembre 2021

Eric RAIMONDEAU

Eric RAIMONDEAU

Gérant de l'agence UTOPIES URBAINES

En qualité de micro entrepreneur, j’ai créé l’agence Utopies Urbaines. En effet J’aime à partager mon expertise et la transmettre au travers des expériences que j’ai pu acquérir en direction des élus locaux mais aussi  des fonctionnaires des communes ou intercommunalités lors de sessions de la formation continue ou initiale. Ce site veut aussi être un relais pour des offres d’emploi proposées par les collectivités territoriales.

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